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Home Actualités Les moines ont des techniques pour « détomber » amoureux. Les voici.

Une capture d’écran du film « Keeping the faith »

Dans une vie antérieure, Didier Long s’appelait frère Marc et il était moine bénédictin. Cela a duré dix ans. La rencontre avec une femme a mis un terme à cette période de sa vie. Nous avons découvert cette histoire grâce à un épisode de « Transfert ».

Quand la foudre tombe sur lui, Didier Long raconte qu’il était devenu une « espèce de fonctionnaire de Dieu ».

Le père abbé, père spirituel de la communauté, lui demande de recevoir une journaliste pour une interview.

« Je l’attends dans mon bureau et je suis un peu énervé parce qu’elle arrive en retard. Elle rentre dans mon bureau avec son équipe de télé. Et là, je suis comme désarmé. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Je me dis : ‘En fait, c’est la femme de ma vie.’ Et c’est Dieu qui me l’envoie. »

TKT Didier

Le moine tombe vraiment amoureux. L’idée de Marie-Pierre (c’est le prénom de la foudre) le travaille pendant les prières. C’est embêtant. On n’est pas trop censé tomber amoureux d’une femme quand on est moine.

Frère Marc va donc voir le père abbé.

« Je lui dis ‘écoute : je suis tombé amoureux d’une femme’. Il me répond ‘mais attends, Didier. Il y a des techniques pour détomber amoureux’. »

A ce moment du récit audio, mon oreille se bloque.

Pardon ?

Des techniques pour « détomber » amoureux ?

On veut savoir.

Dans le cas de Didier, le père abbé propose de se consacrer à la prière, de se mettre à distance, d’attendre. Il lui dit de prendre un an, car « tout [serait] évanoui dans un an ».

Très peu pour frère Marc, qui décide de se faire confiance. Et de partir. Et de faire deux enfants, avec Marie-Pierre.

La technique n’a pas marché, mais y en a-t-il d’autres ?

Travail sur le désir

Olivier Bobineau est sociologue des religions. Il a, avec Constance Lalo et Joseph Merlet, coécrit « le Sacré incestueux » (Editions Desclée de Brouwer). Dans ce livre, il est question des cas de pédophilie dans l’Eglise, et plus largement de la sexualité des prêtres.

Le sociologue rappelle que le célibat n’a pas toujours été la règle. Jusqu’au XIIIe siècle, les prêtres se mariaient sans problème. Le basculement s’opère avec la réforme grégorienne en 1049.

« L’Eglise constate une dispersion de son patrimoine avec les enfants des prêtres et les héritages. »

Aujourd’hui…

« Il est absolument impossible de chiffrer le nombre de prêtres, de moines ou de bonnes sœurs qui s’affranchissent de leur vœu. Cela serait toucher à l’image de l’Eglise. »

Pour autant, il est admis qu’un religieux puisse tomber amoureux. Comme le fait remarquer Didier Long quand je l’appelle :

« Dès le départ, le moine n’est pas quelqu’un qui n’a pas de sexualité mais au contraire quelqu’un qui travaille sur son désir passager et l’oriente vers l’Eternel. »

Les moines sont par ailleurs tout à fait disposés à l’amour puisque :

« Fondamentalement, le désir amoureux est une recherche de quelque chose qui n’est pas là. Le désir monastique, c’est un désir amoureux, une recherche de Dieu qui est absent de ce monde et qui paradoxalement y est dans sa profondeur. »

Une religieuse amoureuse

Un religieux qui tombe amoureux n’est normalement pas démuni. Il sait qui aller voir. Didier Long :

« Chaque moine a un père spirituel avec qui il pratique l’ouverture du cœur. Il s’agit pour le moine écouté de parler des pensées qui le traversent. Ce n’est pas une confession, plutôt comme une psychanalyse, une thérapie par la parole.

Il expose tout ce qui traverse le miroir de son âme, ses soucis, ses tracas, ses joies et dans cette formulation avec une personne bienveillante, les illusions se dissipent. »

Olivier Florant, sexologue et théologien, intervient carrément dans les séminaires pour aborder ces sujets. Et chaque année, ce sont une dizaine de prêtres, de moines ou de bonnes sœurs qu’il assiste pour qu’ils « détombent » amoureux. Au téléphone, il raconte :

« J’ai une religieuse en ce moment, elle est amoureuse d’un bonhomme. Je l’aide depuis bien quatre, six mois. Et tous les jours elle m’envoie des textos. »

Car le sexologue propose une méthode qu’il jure quasi infaillible. Méthode qu’il fonde sur ses lectures de Francine Shapiro, psychologue américaine, inventrice de l’EMDR (psychothérapie sensorielle où l’on utilise le mouvement des yeux pour induire une résolution rapide des symptômes liés à des événements du passé).

Olivier Florant dit :

« On peut reprogrammer les ‘circuiteries’ de notre cerveau. »

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