Les Dokimos



Qu’est-ce que la beauté aux yeux de Dieu ?

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L’apparence physique c’est la première chose que l’on voit chez une personne et c’est ce qui sera soumis en premier à un jugement de valeur. Qu’on le veuille ou non, les yeux jugent en premier, c’est un réflexe auquel nul ne peut se soustraire. Nous avons tous conscience de cette réalité, c’est pourquoi nous voulons tous plaire ; du moins être « présentables », c’est-à-dire nous rapprocher le plus possible des standards de beauté qui prévalent dans la société dans laquelle nous vivons. Nous avons tous intégré l’idée selon laquelle avoir une apparence soignée ce n’est pas seulement un signe de respect envers soi-même mais aussi envers les autres. Il ne faudrait pas qu’on les incommode en nous laissant aller… De toutes façons, si l’on ose sortir des rangs on nous le fera payer très tôt : dans la cour de récréation puis dans le monde de l’entreprise. Ainsi, bien qu’interdites par la loi, les discriminations à l’embauche pour critère physique sont une réalité à laquelle les gros, les petits, les laids et les mal habillés sont fréquemment confrontés. Les études montrent d’ailleurs clairement que non seulement les « beaux » sont embauchés plus facilement mais qu’ils bénéficient également d’une meilleure rémunération [1]. Conscientes de cette réalité, de plus en plus de personnes sont devenues obsédées par leur apparence. Elles investissent énormément d’argent et d’énergie pour correspondre aux normes imposées par la pression sociale, et permettent ainsi, de manière plus ou moins consciente, à ce système de valeurs injustes de perdurer. Les chrétiens subissent également cette pression et beaucoup y cèdent. Or il me semble que s’il y a une catégorie de personnes qui sont en mesure de faire bouger les lignes, ne serait-ce que localement, à petite échelle, c’est bien nous. Pourquoi ? Parce qu’ayant été affranchis par le Seigneur, nous ne sommes plus censés être esclaves des rudiments du monde (Galates 4 :3 ; 1 Corinthiens 7 :23). Et surtout parce que c’est dans notre nouvel ADN de marcher à contre-courant (Romains 12 :2). Avant d’analyser plus en détail ces phénomènes et de voir quelle réponse pratique nous pouvons y apporter, voyons d’abord ce que disent les Écritures au sujet de la beauté.

I. LES BEAUTÉS BIBLIQUES

Éléments de définition

Dans la Bible, deux termes hébreux sont utilisés pour traduire l’adjectif beau ou belle.

a) Towb

qui signifie : « bon », « agréable », « plaisant ». Ce terme est employé pour désigner plusieurs types de qualités :

*Agréable aux sens

*Agréable à une haute nature

*Bon, excellent (dans sa qualité)

*Bon, riche, de grande valeur

*Meilleur (comparatif)

*Heureux, prospère

*Bonne compréhension

Towb veut aussi dire « une bonne chose », « bien fait », « bien-être », « prospérité », « bonheur ». On retrouve ce terme dès les premières lignes de la Genèse pour qualifier l’œuvre de Dieu.

« Et Dieu vit que la lumière était bonne [towb], et Dieu sépara la lumière des ténèbres. » Genèse 1 :4 (voir également Genèse 1 :10 ; 1 :12 ; 1 :18 ; 1: 21 ; 1 :25 ; 1 :31 ; 2 :9 ; 2 :12).

A noter également l’emploi de cet adjectif en Genèse 2 :17 et Genèse 2 :18 :

« Tu mangeras, tu mangeras de tout arbre du jardin. Mais quant à l’arbre de la connaissance de ce qui est bon [towb] ou mauvais, tu n’en mangeras pas, car le jour où tu en mangeras tu mourras, tu mourras. »

« Et Yahweh Dieu dit : « Il n’est pas bon [towb]que l’être humain soit seul. Je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis. »

b) Yapheh

qui signifie « beau », « belle », « élégant ».

A noter la présence de l’adjectif Na’veh exclusivement dans le livre des Cantiques : « avenant », « beau», « belle », « bienséant ».

On peut donc conclure que le terme towb désigne aussi bien la beauté physique que la beauté intérieure ; mais attention, quand ce terme est employé cela ne signifie pas nécessairement que la personne cumule les deux qualités.

Quant aux termes yapheh et na’veh, ils mettent l’accent sur l’apparence physique mais aussi l’allure en général : élégance, classe, charme… En effet, on peut être beau et manquer d’élégance.

Qui sont les beautés bibliques ?

Après une recherche avec les mots-clé « beau », « belle », et « beauté », voici les noms qui sont ressortis.

SARAH (towb)

« Et il arriva, comme il était près d'entrer en Égypte, qu'il dit à Saraï, sa femme : « S'il te plaît, je sais que tu es une femme de belle apparence [...] Il arriva que lorsque Abram fut arrivé en Égypte, les Égyptiens virent que cette femme était très belle. » Genèse 12 :11,14.

REBECCA (towb)

« Il n'avait pas encore fini de parler que sortit, sa cruche sur l'épaule, Rebecca, fille de Betouel, fils de Milca, femme de Nachor, frère d'Abraham. Et la jeune fille était très belle de figure. Elle était vierge et aucun homme ne l'avait connue. Elle descendit donc à la source, et comme elle remontait après avoir rempli sa cruche » Genèse 24 :15-16.

RACHEL (yapheh)

« Léa avait les yeux délicats, mais Rachel était belle de taille et belle de figure. » Genèse 29 :17.

JOSEPH (yapheh)

« Et il arriva que, depuis qu'il l'eut établi sur sa maison et sur tout ce qu'il possédait, Yahweh bénit la maison de l'Égyptien à cause de Yossef, et la bénédiction de Yahweh fut sur tout ce qui lui appartenait, soit à la maison, soit aux champs. 6 Il remit donc tout ce qui était à lui entre les mains de Yossef et ne s'occupa plus de rien, excepté de la nourriture qu'il mangeait. Or Yossef était beau de taille et beau de figure » Genèse 39 :5-6.

MOÏSE (towb)

« Un homme de la maison de Lévi s'en alla et prit une fille de Lévi. Cette femme conçut et enfanta un fils. Voyant qu'il était beau, elle le cacha pendant trois mois. » Exode 1 :1-2.

SAÜL (1er roi d’Israël) (towb)

« Il avait un fils du nom de Shaoul. C'était un beau jeune homme, et aucun homme des fils d'Israël n'était plus beau que lui. Des épaules en haut, il dépassait tout le peuple. » 1 Samuel 9 :2.

DAVID (yapheh et towb)

« Il le fit donc venir. Il était roux, avec de beaux [yapheh] yeux et une belle [towb] apparence. Et Yahweh dit à Shemouél : « Lève-toi, et oins-le, car c'est celui que j'ai choisi ! »1 Samuel 16 :12.

« Le Philistin regarda, et lorsqu'il vit David, il le méprisa, car ce n'était qu'un jeune garçon, roux et beau [yapheh] de figure. » 1 Samuel 17 :42.

ADONIYAH (le 4ème fils de David) (towb)

« Alors Adoniyah, fils de Haggith, se laissa emporter par l'orgueil, en disant : « Je suis le roi ! » Il se procura un char, des cavaliers et 50 hommes qui couraient devant lui. Or son père ne voulait jamais le chagriner de son temps, en disant : « Pourquoi agis-tu ainsi ? » Il était très beau d'apparence, il était né après Absalom. » 1 Roi 1 :5-6.

ABIGAÏL (yapheh)

« Le nom de l'homme était Nabal, et le nom de sa femme, Abigaïl. C'était une femme de bon sens et belle de visage » 1 Samuel 25 :3.

BATH-SCHÉBA (towb)

« Et il arriva, au temps du soir, que David, s'étant levé de sa couche et se promenant sur le toit de la maison royale, aperçut du toit une femme qui se baignait. Cette femme était très belle de figure. » 2 Samuel 11 :2.

TAMAR (fille de David, sœur d’Absalom) (yapheh)

« Après cela il arriva qu'Absalom, fils de David, ayant une sœur qui était belle et qui se nommait Tamar, Amnon, fils de David, l'aima. » 2 Samuel 13 :1.

ABSALOM (fils de David) (yapheh)

« Il n'y avait pas d'homme dans tout Israël aussi renommé qu'Absalom pour sa beauté. Depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y avait pas en lui de défaut. Lorsqu'il se rasait la tête - c'était à la fin de chaque année qu'il se la rasait . Aucun homme des fils d'Israël n'était plus beau que lui. » 2 Samuel 14 :25-26.

TAMAR (fille d’Absalom) (yapheh)

« Il naquit à Absalom trois fils, et une fille nommée Tamar, qui était une femme belle de figure. » 2 Samuel 14 :27.

ABISHAG (yapheh)

« On chercha donc dans toutes les contrées d'Israël une jeune et belle fille, et on trouva Abischag, la Sunamite, que l'on amena auprès du roi. Cette jeune femme était très belle. Elle prit soin du roi et le servit, mais le roi ne la connut pas. » 1 Rois 1 :3-4.

VASTHI (yapheh)

« Or le septième jour, comme le cœur du roi était réjoui par le vin, il ordonna à Mehoumân, Biztha, Harbona, Bigtha, Abagtha, Zéthar et Carcas, les sept eunuques qui servaient devant le roi Assuérus, d'amener en sa présence la reine Vasthi, portant la couronne royale, afin de montrer sa beauté aux peuples et aux princes, car elle était belle de figure. » Esther 1 :10-11.

ESTHER (également appelée HADASSA) (yapheh et towb)

« Il élevait Hadassa qui est Esther, fille de son oncle, car elle n'avait ni père ni mère. La jeune fille était belle [yapheh] de taille et très belle [towb] de figure. Après la mort de son père et de sa mère, Mardochée l'avait prise pour sa fille. » Esther 2 :7.

LA SULAMITHE (na’ veh et yapheh)

« [La Shulamite :] Ô filles de Yeroushalaim, je suis noire, je suis belle [na’veh]. Je suis comme les tentes de Kédar et comme les tapis de Shelomoh. Ne prenez pas garde à moi, de ce que je suis noire : car le soleil m'a regardée. Les fils de ma mère se sont mis en colère contre moi, ils m'ont faite gardienne des vignes et je n'ai pas gardé la vigne qui était à moi. » Cantiques 1 :5-6.

« [Shelomoh :] Si tu ne le sais pas, ô la plus belle [yapheh] des femmes, sors sur les traces du troupeau et fais paître tes chevrettes près des cabanes des bergers. » Cantiques 1 :8

SALOMON (yapheh)

« [La Shulamite :] Te voilà beau, mon bien-aimé, que tu es agréable ! Combien verdoyant est notre lit ! » Cantique 1 :16.

« [La Shulamite :] Mon bien-aimé est éblouissant et roux, un porte-bannière entre des myriades. Sa tête est d'or, et d'un or pur. Les boucles de ses cheveux sont flottantes, noires comme un corbeau. Ses yeux sont des colombes près des canaux d'eau, se baignant dans du lait, se posant sur la plénitude. Ses joues sont comme un parterre de drogues aromatiques, comme des fleurs parfumées. Ses lèvres sont comme des lis, elles distillent la myrrhe coulante. Ses mains sont des anneaux d'or, remplies de chrysolithes. Son ventre est comme de l'ivoire bien poli, couvert de saphirs. Ses jambes sont des colonnes de marbre posées sur des bases en or fin. Son apparence est comme le Liban, sélectionnée comme les cèdres. Son palais n'est que douceur et tout ce qui est en lui est désirable. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, filles de Yeroushalaim ! » Cantiques 5 :10-16.

Comment la Bible décrit-elle les personnes belles ?

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Ces passages bibliques nous permettent de faire quelques remarques intéressantes. Les beautés bibliques sont principalement mentionnées dans les récits historiques qui relatent la vie des patriarches et des rois (Genèse, Exode, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, Esther). La notion de la beauté physique est pratiquement absente dans le reste de la Bible.

On note l’emploi récurrent de l’expression « belle / beau de taille et de figure » pour désigner une personne agréable à voir de la tête aux pieds. Toutefois, lorsque cette précision est apportée, l’information sert bien souvent à améliorer la compréhension d’un contexte, d’une situation ou encore la raison d’un événement.

Par exemple :

- Pourquoi Abraham disait que Sarah était sa sœur ? Parce qu’étant très belle, il craignait d’avoir des ennuis à cause de la convoitise qu’elle suscitait.

- Joseph était beau, c’est pourquoi la femme de Potiphar a essayé de le séduire.

- Abishag était très belle, pourtant David n’a pas couché avec elle.

Les Écritures ne détaillent jamais les caractéristiques physiques. Il n’y a pratiquement pas de précisions sur la couleur de la peau, des cheveux et des yeux. Pas d’indications sur les mensurations, le poids et la taille. Impossible donc de se servir de la Bible pour définir un canon de beauté.

On note cependant quelques rares exceptions :

- David : un jeune garçon, roux et beau de figure (1 Samuel 17 :42). Le coté roux est souligné sans doute parce que, dans le contexte de l’époque et du lieu, c’était rare de trouver cet attribut physique.

- Salomon et la Sulamithe : il convient de garder en tête qu’ils sont amoureux et qu’ils se décrivent étant sous l’emprise de ce sentiment. Tous deux emploient beaucoup de métaphores lorsqu’ils se décrivent mutuellement et se déclarent leur amour. Malgré cela, il est impossible de dresser leur portrait-robot. Tout ce que l’on peut déduire c’est que Salomon avait probablement la peau claire (son ventre est comme de l’ivoire poli et ses jambes comme des colonnes de marbre) et les cheveux bouclés et noirs. Quant à la Sulamithe, elle dit d’elle-même qu’elle est noire et belle. On voit que cet aspect de son apparence ne lui posait aucun problème, pas plus qu’à Salomon qui l’a qualifiée à plusieurs reprises comme étant « la plus belle des femmes ».

Sur les 18 personnes mentionnées plus haut, on trouve 11 femmes et 7 hommes. On peut donc conclure que de tout temps, on accorde plus d’importance aux critères physiques quand il s’agit d’une femme.

Seulement 5 personnes sont qualifiées de « très belle » ou « très beau » : Sarah, Rebecca, Adoniya, Bath-Schéba, Abishag et Esther. A noter que Saül et surtout Absalom (sans défaut de la tête aux pieds !), sont les seuls qui sortent largement du lot. Cela nous fait au total 8 personnes avec une beauté exceptionnelle : 5 femmes et 3 hommes.

Contrairement aux stéréotypes positifs dont jouissent habituellement les personnes au physique avantageux (beau = bon, sympa, intello etc.), les Ecritures ne font aucune corrélation entre la beauté physique et la bonté de l’âme. Ainsi, Absalom, qui était pourtant d’une exceptionnelle beauté, n’était de toute évidence pas approuvé par Dieu (voir le livre 2 Samuel).

On constate que dans l’ensemble, très peu de héros bibliques sont qualifiés de beaux ce qui traduit une réalité immuable : la beauté est rare. Objectivement parlant, il existe très peu de personnes qui se distinguent par cette caractéristique physique.

Notons enfin que la Bible ne qualifie personne de laide ou d’un autre mot synonyme de laideur. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moches parmi les personnages bibliques (les lépreux n’étaient surement pas des gravures de mode), cela signifie juste que les rédacteurs de la Bible, qui ont écrit sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu (2 Timothée 3 :16), n’ont pas jugé bon de montrer du doigt les personnes au physique ingrat.

II. QUI FIXE LES NORMES DE LA BEAUTÉ ?

Précédemment, nous avons découvert le nom de 18 personnes qui ont été mentionnées pour leur beauté dans la Bible. Mais de qui vient de cette appréciation ? De Dieu ou des hommes ? Très honnêtement, si l’un de vous a déjà entendu Dieu lui dire : « tu es très beau » ou « tu es trop belle », signalez-vous à la Rédaction s’il vous plait.

Un critère subjectif difficile à normer

Qu’est-ce que la beauté ? D’après le dictionnaire c’est la qualité de quelqu’un ou de quelque chose qui est conforme à un idéal esthétique. C’est le caractère de ce qui est digne d’admiration par ses qualités. Une personne belle suscite donc un plaisir esthétique d’ordre visuel.

Comme on peut le constater, ni la Bible ni le dictionnaire ne permettent de définir la beauté de manière précise. Néanmoins, certains ont essayé d’en fixer les canons - du grec kânon qui veut dire canne - en référence au roseau qui était autrefois utilisé comme unité de mesure par les artisans (voir notamment les chapitres 40 à 42 du livre d’Ézéchiel). La canne ou le canon sert donc à mesurer, à établir une règle ou une référence. C’est pourquoi on parle notamment du canon du biblique. Au Vème siècle av. J.-C., le sculpteur Polyclète qui est connu pour être le premier à avoir réussi à restituer l’illusion du mouvement dans la sculpture, est aussi le premier à avoir rédigé un guide pratique pour les sculpteurs dans lequel il expose les proportions idéales du corps humain. Influencé par le mathématicien Pythagore, pour Polyclète « le beau procède d’une quantité de nombres ». Il réalisa donc la sculpture d’un homme, le Doryphore, comme exemple pratique de sa théorie. Appelée « Canon » par les artistes, cette statue a été conçue selon des règles mathématiques visant à présenter un corps humain avec de proportions bien définies et avec une symétrie parfaite entre les membres. Ainsi, chaque partie du corps est une fraction de sa hauteur totale.

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Ce qui donne les règles suivantes [2] :

  • La tête entre au total sept fois dans le corps, deux fois entre les genoux et les pieds, deux fois dans la largeur des épaules et deux fois dans la hauteur du torse.
  • le torse et les jambes ont la même hauteur, c'est-à-dire trois fois la hauteur de la tête ;
  • le bassin et les cuisses mesurent respectivement les deux tiers du torse et des jambes. Etc.

Pour le visage aussi :

  • Le visage grec est généralement ovale et effilé au menton.
  • La caractéristique faciale grecque est une continuité entre le front et le nez.
  • La bouche grecque classique possède une lèvre supérieure ondulée et une lèvre inférieure mince et roulée.
  • Les lèvres peu plissées sont faiblement séparées pour montrer une animation. Le sillon labio-mentonnier est bien défini.

Voilà donc d’où vient l’expression « il/elle est canon » ! Ceci étant dit, la conception de Polyclète pose deux problèmes.

Tout d’abord, Polyclète expose une conception idéalisée de la beauté. Or dans la vraie vie, il n’existe aucune personne avec des membres parfaitement symétriques et dont les dimensions obéissent à des règles mathématiques précises. Nous avons tous des asymétries et des irrégularités au niveau du visage et du corps, et c’est précisément ce qui nous rend uniques. Comme le montre une expérience faite par un photographe[3], quand on retouche une photo pour rendre les traits de quelqu’un parfaitement symétriques, on n’obtient pas forcément un résultat plus beau.

Ensuite, la vision de Polyclète est propre à la culture grecque et à une époque donnée. Quand bien-même la plupart des grecs du temps de Polyclète auraient correspondu à peu près à cette description, il va de soi que les personnes issues d’autres catégories ethniques ne pourraient jamais atteindre ce canon de beauté. Est-ce à dire que seulement les grecs sont beaux ? Certainement pas !

La conception de la beauté est par essence subjective, elle varie d’une personne à l’autre, d’un endroit à l’autre, d’une culture à l’autre, et d’une époque à l’autre. Comme le dit si bien le vieil adage, « les gouts les couleurs ne se discutent pas ». On n’est pas dans le domaine de la logique mais de la sensibilité de chacun. Allez demander à quelqu’un pourquoi il préfère porter du vert plutôt que du jaune. Il n’y a pas lieu de faire un débat philosophique ou une psychanalyse, la seule réponse possible est : « parce que j’aime le vert ».

C’est pourquoi ce qui est beau à mes yeux ne le sera pas nécessairement aux vôtres et c’est tant mieux. Par exemple, j’aime les raisins, je les trouve beaux à voir et bons à manger. Heureusement que tout le monde ne les aime pas, comme ça je suis sure qu’il y’en aura toujours pour moi.

Ainsi, on trouve à travers le monde des critères esthétiques qui sont aux antipodes des critères occidentaux.

Voici quelques exemples :

L’obésité en Mauritanie : En Mauritanie, le surpoids est synonyme de statut social élevé et de beauté. C’est pourquoi, les jeunes filles en âge de se marier, mais aussi des petites filles parfois âgées de seulement 7 ans, sont envoyées dans des fermes spéciales où elles sont engraissées afin de correspondre aux standards de beauté locaux. Elles absorbent ainsi de force entre 14 000 et 16 000 calories par jour, soit 100 fois l’apport conseillé, ce qui est bien entendu très dangereux pour la santé[4].

Des dents sales, tordues et qui se chevauchent au Japon : Autrefois au Japon, et dans certains pays d’Asie, les femmes avaient pour habitude de se noircir les dents en buvant un thé spécial afin de leur donner un aspect sale. Cette pratique, appelée ohaguro, a fini par disparaître sous l’influence de l’Occident. Aujourd’hui, c’est le yaeba qui est à la mode : le fait d’afficher des canines tordues et qui pointent vers l’extérieur. Les japonaises n’hésitent pas à payer un dentiste pour obtenir ce résultat.

Au Tadjikistan, le mono sourcil épais est un atout beauté chez les hommes comme chez les femmes.

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En Indonésie et dans certaines tribus de Pygmés, les dents sont belles lorsqu’elles sont taillées en pointe.

Dans certaines tribus berbères et Maories de Nouvelle Zélande, le tatouage facial est signe de statut social élevé et de beauté. Les inscriptions ont vocation à porter chance et à protéger.

Au Sénégal, pour mettre en avant la blancheur des dents, certains se tatouent les gencives en noir.

Dans la tribu Padung en Thaïlande, les femmes portent des anneaux de cuivre autour du cou pour l’allonger.

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Chez les Massaï au Kenya, les lobes d’oreilles des femmes sont allongés à l’aide de divers outils puis décorés avec des perles. A noter aussi qu’elles se rasent la tête et qu’elles s’arrachent les deux incisives inférieures pour permettre l’ingestion de médicaments traditionnels.

Dans certaines tribus d’Afrique et d’Amérique Latine on porte un labret ou plateau labial… Plus le plateau est large, plus le statut social est élevé et plus la personne est séduisante.

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S’il est vrai que les critères de beauté sont propres à chacun, ils sont néanmoins influencés par des facteurs extérieurs. Notre entourage familial et social et les événements de la vie vont faire évoluer nos gouts et nos préférences.

Un critère sous influence de la classe dominante

« Or le septième jour, comme le cœur du roi était réjoui par le vin, il ordonna à Mehoumân, Biztha, Harbona, Bigtha, Abagtha, Zéthar et Carcas, les sept eunuques qui servaient devant le roi Assuérus, d'amener en sa présence la reine Vasthi, portant la couronne royale, afin de montrer sa beauté aux peuples et aux princes, car elle était belle de figure. » Esther 1 :10-11.

Dans ce passage, nous avons un exemple de la façon dont est promue un certain type de beauté.

Assuérus, également connu sous le nom de Xerxès Ier (519-465 av. J.-C.), était un grand roi Achéménide et Pharaon de l’Egypte Antique. Il a régné pendant 21 ans sur un empire « s’étendant de l'Indus à la mer Égée et du Syr-Daria au golfe Persique et au Nil…»[5]. La Bible nous dit qu’il a eu pour femme une certaine Vashti et qu’il la trouvait tellement belle qu’il a voulu la montrer « aux peuples et aux princes ». Or le commun des mortels, souvent animé par la convoitise et l’envie, a tendance à se conformer aux gouts des puissants qui font ainsi les modes et les tendances. En effet, si vous avez bien lu le précédent paragraphe, certains critères de beauté sont implicitement associés à un statut social élevé. On peut donc dire que puisque Vashti plaisait à Assuérus, elle est devenue la référence en matière de beauté féminine à son époque.

De nos jours, ce sont les occidentaux (Europe de l’ouest et l’Amérique du nord avec une forte prévalence des Etats-Unis) qui détiennent la puissance économique et militaire ; c’est donc leur culture et leurs critères de beauté qui sont valorisés. Même s’il reste quelques poches de résistance ici et là, globalement le monde subit et se conforme aux normes occidentales. On cherche à ressembler aux canons de beauté caucasiens tout en conservant quelques spécificités locales, de bon gré ou non…

Ces injonctions de beauté s’appliquent partout dans le monde (et depuis toujours) massivement aux femmes ; voilà pourquoi ce sujet est surtout développé en rapport avec des critères féminins.

Et donc le modèle promu est le suivant :

Pour les femmes :

- Grande

- Mince

- Ventre plat

- Corps ferme et fuselé, sans cellulite ni vergetures

- Cheveux longs, lisses et soyeux

- Peau claire

- Nez fin

- Une poitrine ferme ni trop petite ni trop grosse

- Une taille fine

- Des hanches marquées sans culotte de cheval

- Des fesses fermes et rebondies

Pour les hommes :

- Grand

- Mince

- Corps athlétique et musclé

- Peu claire

- Cheveux courts

- Imberbe ou rasé de près

La mondialisation, le brassage des cultures, les évolutions des modes de vie et des meurs ont cependant apporté des évolutions notables ces dernières années.

- Le teint se doit d’être bronzé car synonyme de bonne mine et d’un certain statut social. Est bronzé celui qui a les moyens de partir en vacances au soleil…

- Les lèvres minces et fines ne sont plus en vogue. On leur préfère les bouches charnues et pulpeuses, jugées plus sensuelles.

- Le fessier généreux, voire très imposant, a été popularisé par des starlettes telles que Kim Kardashian (en sachant que le sien est 100 % artificiel). Très en vogue aux États-Unis ou encore au Brésil, dans ces pays on a massivement recours à la chirurgie pour obtenir ce résultat. En Afrique, où beaucoup de femmes sont bien pourvues de ce côté, certaines n’hésitent pas à s’appliquer des crèmes et à ingérer des pilules bourrées d’hormones destinées à faire grossir le bétail pour obtenir un derrière que l’on remarque de loin.

Pour ces deux derniers aspects (bouche et fesses) on peine à identifier d’où vient l’influence. Des populations africaines et afro-descendantes ou de la culture porno ? Le temps nous le dira.

A noter également que la culture gay, très influente en Occident, a aussi propulsé sur le devant de la scène les beautés androgynes (aussi bien masculines que féminines) qui surfent sur l’ambiguïté du genre et l’ambiguïté sexuelle.

Le plus malsain dans tout cela c’est lorsque l’Occident fixe aussi les normes de beauté chez les autres catégories ethniques. Ainsi, les populations issues d’ailleurs doivent ressembler aux occidentaux avec une pointe d’exotisme. Et donc l’asiatique se doit de ne pas être trop petit et de ne pas avoir des yeux trop bridés, les populations noires d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie se doivent d’avoir la peau claire et les traits fins. Quant aux cheveux, ils ne doivent surtout pas être crépus !

Mais qui diffuse ces standards de beauté ? La styliste Agnès B le dit très clairement : « La beauté est construite par la publicité, selon des critères de luxe. C'est une beauté imposée, qui est censée faire envie afin de créer des stéréotypes. La beauté que l'on nous propose est une beauté artificielle. ». L’historien Pascal Ory abonde dans le même sens : « les modes partent des élites sociales, avant de se diffuser au reste de la société, par capillarité »[6].

Tout est dit ! Et même sans être dit l’évidence est là sous nos yeux. La publicité nous présente un modèle de beauté artificielle et donc irréelle. Bien que consciente de ce fait, elle nous vend une panoplie de produits et de services censés nous aider à atteindre un standard de beauté qui est par essence inatteignable. Et pourtant, tout le monde tombe dans le panneau en essayant de ressembler à ce qui n’est qu’illusion et mensonge. C’est ainsi que nous enrichissons les élites oisives et perverses qui nous vendent une vision obscène de l’être humain.

Et ce n’est pas près de s’arrêter… L’Europe est le premier marché mondial des cosmétiques : 77.6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017[7]. Quant à la chirurgie esthétique, il faut savoir que 2000 opérations ont lieu toutes les minutes dans le monde[8], ce qui génère chaque année pour les professionnels du secteur un chiffre d’affaires de 7.5 milliards d’euros. Tant qu’il y aura de l’argent à se faire, on nous montrera en exemple ces images chimériques pour nous pousser à la consommation, sans se préoccuper de l’impact dévastateur que ce matraquage publicitaire malsain peut avoir sur les plus fragiles.

III. UNE GÉNÉRATION MALADE

La promotion outrancière de ces stéréotypes a engendré des générations de jeunes femmes (et de jeunes hommes dans une moindre mesure) pétries de complexes ou carrément atteintes de dysmorphophobie.

Des occidentaux valorisés mais complexés

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Selon passeportsante.net « La dysmorphophobie se caractérise par des pensées excessives et une obsession d'un défaut imaginaire ou d'un petit défaut physique, dont la perception de la personne est complètement démesurée. La personne atteinte de dysmorphophobie a une mauvaise image d'elle-même. Ces manifestations obsessionnelles entraînent des attitudes négatives, voire néfastes pour la personne (pensée destructives, émotions incontrôlées, comportements disproportionnés, etc.). Ces dernières peuvent alors impacter la vie sociale, familiale et professionnelle du patient. Les manifestations et les signes cliniques de la dysmorphophobie peuvent également se traduire par des troubles mentaux : de l'attention, de l'alimentation, de l'hygiène, et autres. De façon générale, la partie du corps la plus souvent concernée par la dysmorphophobie est la tête et le visage. Mais toute partie corporelle peut faire l'objet d'une telle atteinte : les jambes, le ventre, la poitrine, etc) [9].

Tout le monde est victime de la dictature du paraître. Même les top models qui défilent pour les prestigieuses maisons de haute couture et qui servent d’égéries aux grandes marques de cosmétiques ne sont jamais assez bien. La preuve en est que leurs photos sont systématiquement retouchées[10]. On pourrait croire que ces mannequins sont constamment complimentés pour leur physique, mais il n’en est rien. Ces dernières années des langues se sont déliées pour raconter l’envers du décor : L’obligation de la minceur (euh…de la maigreur) est le problème le plus fréquemment cité. Ce qui donne des aberrations : 71% des models sont au régime et 81 % sont en « sous-poids ». Une expression pudique pour ne pas prononcer directement le mot anorexie[11]. La pression est tellement forte que dernièrement la top-model d’origine sud-soudanaise Ajak Deng a posté une vidéo sur Instagram où on la voit dire en pleurs : « si je me suicide, ce sera à cause de vous » ; c’est-à-dire à cause de l’industrie de la mode qui est d’ailleurs deux fois plus cruelle envers les mannequins noirs[12].

Si telle est la réalité en haut lieu, on imagine aisément (et l’on sait) ce qui se passe chez Madame et Monsieur tout le monde. Un tiers des lycéennes, et un lycéen sur six sont concernés par des troubles alimentaires[13].

La pression est permanente, on ne nous laisse aucun répit. Même les femmes enceintes doivent rester minces ! On a atteint un tel niveau de folie que les médias tressent des lauriers à des stars qui ont retrouvé un corps « de rêve » juste quelques semaines après avoir accouché. Bientôt ce ne sera plus normal d’avoir un ventre arrondi quand on attend un bébé.

On n’a plus le droit de grossir, ni d’avoir la mine fatiguée, et encore moins de vieillir.

Vite ! Faites disparaître cheveux blancs et bourlets ! Botoxez ces rides ou maquillez-les !

Ces injonctions sadiques et irréalistes sont transmises dès la petite enfance. Pour ce faire, Barbie et Ken, toujours souriants et impeccables, se chargent de montrer la voie à vos chers bambins. Or ce couple mythique se garde bien de dire aux plus petits que s’ils étaient vivants ils seraient en bien mauvaise santé[14]. Du coup, on a régulièrement des jeunes adultes perturbés qui finissent par vouloir leur ressembler, ce qui donne des résultats assez effrayants…

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D’ailleurs, les demandes en chirurgie esthétique sont de plus en plus démentes. Pour exemple, ces derniers temps la mode est à la ressemblance à son filtre snapchat[15]…

Le plus absurde dans tout cela c’est que la majorité des gens sont « normaux ». La masse dans sa globalité ne ressemble pas aux stéréotypes qu’on lui vend. Et même si ces modèles étaient réalistes, ils seraient extrêmement rares. C’est tout de même un comble la majorité cherche à se conformer à une minorité de surcroit inexistante. On constate donc que même les populations occidentales n’atteignent pas les standards de beauté promues par leurs élites.

Que dire alors de ceux qui sont issus d’autres groupes ethniques ?



Quand la mode sert de prétexte pour cacher un racisme intériorisé

Nous voilà arrivés à une partie de cet article qui ne va sans doute pas plaire à certains d’entre vous, mais il faut qu’on parle du rejet de la peau noire et des cheveux crépus.

Le blanchiment de la peau

Avant toutes choses, il faut savoir que pendant longtemps en Europe, la peau claire était valorisée car elle était symbole de statut social élevé. Contrairement aux paysans qui avaient la peau mate parce qu’ils étaient exposés au soleil pendant qu’ils travaillaient dans les champs, les nobles et les bourgeois avaient la peau claire parce qu’ils avaient les moyens d’être oisifs. De l’Antiquité au XVIIIème siècle, cette pâleur était accentuée par l’application du blanc de céruse, un pigment synthétique blanc opaque très chargé en plomb et donc hautement toxique pour la peau, les yeux et les dents. On s’est ensuite rabattu sur les poudres blanches faites à base de farine de blé, de riz ou d’amidon…

A la fin du XIXème siècle, des chercheurs vont découvrir l’importance du soleil pour la synthèse de le vitamine D. Les gens finissent par comprendre que le soleil est bon pour la santé et que ce n’est pas si grave si l’on prend quelques couleurs en s’y exposant.

Mais le véritable tournant va avoir lieu avec l’arrivée des congés payés (1936 en France) qui vont pousser les gens à aller prendre du bon temps sur les plages et à s’exposer au soleil. Cette tendance s’est confirmée après la 2nde guerre mondiale et n’a cessé dès lors de se développer malgré les mises en garde des médecins sur les dangers de la surexposition aux rayons UV. Désormais, un teint bronzé est synonyme de vacances et du repos qui donne une bonne mine. Mais c’est aussi la preuve qu’on a les moyens de « partir » et que l’on fait partie des classes sociales supérieures. Étrange de voir à quel point les marqueurs sociaux peuvent s’inverser avec le temps n’est-ce pas ?

Il se trouve que dans beaucoup de pays d’Asie et d’Afrique, mais aussi au Moyen-Orient et en Amérique Latine, on valorise actuellement les teints clairs. Comme ce fut autrefois le cas en Europe, ils sont un signe extérieur de richesse et un critère indispensable pour réussir.

Pour obtenir cette peau claire on lui inflige des traitements d’une violence inouïe et ce n’est pas le fait d’une poignée de personnes mais un véritable phénomène social qui est d’ailleurs valorisé dans beaucoup de pays.

Aux Philippines, on estime qu’une femme sur deux s’éclaircit la peau.[16] Les plus aisées vont dans des cliniques spécialisées où elles vont avoir un traitement externe (gommages, dermabrasion au laser…) mais aussi interne : ingestion de pilules et injections intraveineuses à base de gluthation, un antioxydant puissant initialement utilisé dans le traitement contre le cancer. Les plus pauvres vont s’acheter au marché noir des crèmes et des savons qui contiennent des produits extrêmement nocifs, notamment de l’hyroquinone, de la cortizone, et du mercure dont les taux sont jusqu’à 42 000 fois supérieurs à la norme !

Le même phénomène a lieu en Thaïlande. A Bangkok, la capitale, il existe même un hôpital où l’on peut se blanchir ses organes génitaux[17] pour 545 € ! Et la pratique rencontre un vrai succès ! Quoi de plus étonnant pour un pays où on peut voir à la télé des slogans publicitaires tels que : « Vous allez réussir si vous êtes blanc »[18] ? Dans ce pays, comme dans d’autres pays de la région, les pilules et les cosmétiques pour se blanchir la peau sont en vente libre dans les magasins.

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En Chine, l'entreprise Meituan, qui n’appartient pourtant pas au secteur cosmétique, surfe malgré tout sur le culte de la blancheur. « Comment peux-tu être si blanc ? » La marque répond : « Parce qu'à l'heure du déjeuner, j'utilise l'application Meituan pour me faire livrer la nourriture au bureau au lieu de sortir"... avant de conclure : "Utilisez l'application Meituan au lieu de sortir pour le déjeuner afin d'être plus blanc et plus blanc chaque jour »[19].

Au Japon, le marché annuel des produits dépigmentants vaut 1 milliard de dollars…

On retrouve les mêmes pratiques en Inde (mais aussi au Pakistan et en Iran) où le marché des produits éclaircissants génère 500 millions d’euros chaque année. Le secteur connaît une telle expansion que les marques américaines et françaises fabriquent et commercialisent sur place des produits spécifiques pour ce pays[20] tout en sachant que c’est mal vu et interdit en Occident. Bonjour l’hypocrisie…

Et bien évidemment le problème est également très répandu en Afrique.

Selon Joseph Elidjé Ecra, professeur en dermatologie d’un CHU à Abidjan (Côte d’Ivoire) « entre un quart et deux tiers des femmes en Afrique de l’Ouest » s’éclaircissent la peau. « A Abidjan, 53 % des femmes âgées de 15 à 45 ans, sans distinction de catégorie socioprofessionnelle » utilisent des produits éclaircissants[21].

Selon l’OMS, elles sont 59% au Togo, 35% en Afrique du Sud, 27% au Sénégal, 25% au Mali[22] et jusqu’à 77% au Nigéria[23]. Ces chiffres sont confirmés par le RAFT (Réseau en Afrique Francophone pour la Télémédecine) qui estime qu’une femme sur quatre en Afrique s’éclaircit la peau.

La seule différence avec les pays asiatiques c’est que cette pratique est beaucoup moins ouvertement assumée. Là aussi, les femmes, mais aussi les hommes, utilisent des savons et des crèmes fortement chargées en hydroquinone, en mercure et en dermocorticoïdes.

Il arrive souvent que les femmes s’appliquent un mélange de produits toxiques auxquels elles ajoutent de l’eau de javel, du verre pilé ou des grains de ciment, ce qui donne un cocktail destructeur qui provoque la chute de la peau par couches.

Selon le Docteur et chercheur en dermatologie Behrooz Kazrae, il n’existe aucune documentation scientifique prouvant l’efficacité du gluthation pour le blanchiment de la peau, qu’il soit administré sous forme de crèmes, de pilules ou d’injections. Par contre les effets nocifs sont avérés : injecté en grosse quantité ce produit est toxique pour les nerfs, les reins, les cellules de la thyroïde et il peut provoquer le syndrome de Lyell (nécrose et décollement de la peau) qui peut aboutir à la mort.

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Quant aux produits chargés en hydorquinone, cortizone et autres dermocorticoïdes, utilisés en grosses quantités et à long terme, ils provoquent dans 60 à 70 % des cas :

- la gale

- le psoriasis

- l’eczéma

- des troubles pigmentaires

- des troubles visuels

- des mycoses qui provoquent des mauvaises odeurs de poisson cru

- des infections bactériennes

- de l’acné très sévère

- de l’hyperpilosité

-le diabète

- l’insuffisance rénale

- l’hypertension

-le cancer de la peau

- la mort

Des marchands peu scrupuleux exploitent l’ignorance de beaucoup d’hommes et de femmes et vont jusqu’à inscrire sur les emballages de leurs produits la mention « bio » pour occulter leur dangerosité. Malgré les campagnes de prévention organisées par les autorités sanitaires et des associations, ces pratiques continuent à perdurer et à se développer, y compris dans la diaspora. C’est un vrai et grave problème de santé publique.

Ces faits donnent froid dans le dos, et il y a de quoi s’inquiéter quand on sait que des parents blanchissent aussi leurs enfants. Pourquoi ces hommes, et surtout ces femmes, se molestent-ils la peau de la sorte ? Parce que ces gens ont intégré l’idée selon laquelle plus on est foncé moins on est beau. En effet, pourquoi voudrait-on éclaircir son teint si on trouvait sa couleur naturelle belle ?

On appelle colorisme la discrimination basée sur la couleur de la peau. Cette discrimination commence d’ailleurs très tôt : au sein de la famille qui va d’avantage valoriser les enfants à peau claire. Ce phénomène est également très ancré chez les populations antillaises qui mettent sur un piédestal les chabins (terme qui à la base n’a rien d’un compliment[24]) … Cela revient donc à oublier le fait que le métissage des îles est en corrélation directe avec la traite négrière et que les peaux claires sont les descendants d’esclaves africaines qui ont subi les viols de leurs maîtres blancs.

Il n’empêche que la triste réalité est là : que ce soit sur le marché de l’amour ou celui du travail, ce sont encore les peaux claires qui vont être favorisées. On ne peut donc que comprendre les motivations de ceux et de celles qui finissent par se décaper.

Bien souvent, on explique ce geste en avançant l’argument de l’effet de mode ou d’une simple préférence esthétique. Certains vont comparer le blanchiment des noirs au bronzage des blancs. Or les caucasiens bronzent majoritairement pendant la période estivale, quand ils vont en vacances, ce qui est logique… alors que la dépigmentation suppose des gestes quotidiens ou hebdomadaires. S’il est vrai qu’il existe des blancs accros aux cabines à UV (d’ailleurs en passe d’être interdites), il n’y a pas lieu de comparer un phénomène de masse d’une part et des cas isolés d’autre part.

On pourrait à la rigueur comprendre que les noirs se dépigmentent en Occident où ils sont minoritaires ; on pourrait expliquer ce fait par la pression sociale et le désir de s’intégrer et de se conformer à des normes locales. Mais comment expliquer qu’ils aient recours à cette pratique dans leurs propres pays où tout le monde nait avec une peau foncée ?

Peu acceptent de s’avouer qu’ils ont intégré inconsciemment un sentiment d’infériorité qui est apparu à une triste période de leur Histoire.

Cet extrait d’un article paru sur le site du journal Le Monde résume assez bien la réalité : « Le phénomène prend racine à l’âge d’or de la France coloniale, dans les années 1920. L’imposition de la langue, des normes et traditions françaises a non seulement profondément modifié et influencé les cultures, les économies, les comportements sociaux et politiques dans la durée, mais a aussi eu des impacts, moins visibles, sur la perception et la psyché des populations locales. La peau noire concentre une importante dose de mélanine, le pigment qui donne à l’épiderme, aux yeux et aux cheveux leur couleur. Or, par le biais de la colonisation et de l’idéologie raciste véhiculée à l’époque, la couleur sombre est rapidement devenue un marqueur identitaire péjoratif, associé aux classes socio-économiques et culturelles les plus défavorisées. Cette image a été intériorisée par les différentes populations africaines, et ce pendant des siècles. Certains « colonisés » ont donc cherché à imiter la couleur de peau ou les caractéristiques physiques des colons, dans le but d’améliorer leurs conditions de vie et leur image. Ce processus d’aliénation – la « négrophobie » envers les autres Noirs et l’espoir de ressembler aux Blancs – a été décrit et analysé dès 1952 par Frantz Fanon dans Peaux noires, masques blancs. »[25]

Certains argueront que même avant l’esclavage et la colonisation on appréciait les peaux claires du fait de leur rareté… Admettons que ce soit le cas. Il n’en demeure pas moins vrai qu’il n’y avait pas de phénomène massif de blanchiment de la peau avant la colonisation. D’ailleurs, les produits éclaircissants ne sont apparus que dans les années 60 à 70 aux États-Unis.

Pour ceux qui ne veulent toujours pas se rendre à l’évidence, pouvez-vous expliquer pourquoi parmi les populations qui se décapent la peau on modifie aussi beaucoup l’apparence de marqueurs ethniques forts comme les yeux, le nez et les cheveux ?

Comment expliquer l’explosion de la rhinoplastie ethnique, c’est- à dire la modification chirurgicale d’un nez qui n’a pas les caractéristiques caucasiennes et qui est spécialement destinée aux personnes d’origine africaine, indienne, asiatique, arabe… ? Comment expliquer l’engouement en Asie pour le débridage des yeux ? Comment expliquer que le cheveu crépu soit massivement défrisé ou caché sous des tissages et des perruques ?

Le chemin de croix des cheveux crépus

Pour introduire cette partie, je vais vous raconter une petite anecdote qui illustre parfaitement la problématique des populations noires qui ont des cheveux crépus.

Tout d’abord, un mot rapide sur moi. Je suis métisse, née d’une mère blanche d’Europe de l’est et d’un père noir d’Afrique centrale. J’ai le teint clair, les traits fins et des cheveux crépus. Depuis l’adolescence, je porte mes cheveux soit tressés soit défrisés (mais je ne les défrise plus depuis 2 ans). Pour ce qui est du tissage, j’en ai fait tout au plus quatre fois dans ma vie, ce qui vous en conviendrez n’est pas beaucoup pour une personne proche de la quarantaine comme moi. Je n’aime pas les tissages ni les perruques. Outre le fait que je ne les supporte pas très bien, ce qui me gêne par-dessus tout c’est l’idée que les caucasiens puissent penser que j’envie leurs cheveux. Je donne ces précisions afin que sachiez que je parle de ce sujet en connaissance de cause.

Il y a quelques mois, je me suis rendue chez ma coiffeuse pour me faire tresser les cheveux. En y allant, je suis sortie avec mes cheveux au vent, ni attachés, ni cachés sous un foulard car le Seigneur commençait déjà à m’interpeller sur certains points.

Arrivée au salon, je discutais avec les coiffeuses et d’autres clientes pendant qu’on s’occupait de moi. Soudain, une femme que je connais de vue (je la croise souvent à la gare de ma ville) est rentrée. C’est une très belle femme avec un teint uniforme et lisse de couleur noir ébène. Elle est grande et mince ; elle a un port de tête noble et une façon de s’habiller très élégante. Elle n’a aucune ride, malgré le fait qu’elle doit avoir la cinquantaine bien entamée.

En la voyant rentrer, j’étais curieuse de voir ce qui se cachait sous sa perruque courte aux cheveux lisses (qui lui va d’ailleurs assez bien). En effet, je la croise depuis de nombreuses années mais je ne l’ai jamais vue avec ses cheveux naturels, crépus ou même défrisés. Ce jour-là ne faisait pas exception à la règle, elle était venue avec sa perruque sur la tête. En la voyant, j’étais assez intriguée. C’était quoi le problème avec ses cheveux ? Pelade ? Alopécie ? Cuir chevelu abîmé ? Cheveux brûlés par des traitements chimiques ?

Et bien rien de tout cela. Quand la coiffeuse a décollé sa perruque et défait ses nattes, j’ai découvert une belle chevelure longue et crépue. Mon incompréhension était complète. Pourquoi cette femme qui avait des cheveux longs et en parfaite santé ne les montrait jamais ? Dans le salon, nous étions plusieurs clientes à discuter du mouvement nappy qui prône le retour aux cheveux naturels. A un moment donné, j’entends cette femme dire à l’une des coiffeuses : « J’en ai tellement marre de porter un truc faux sur ma tête mais je n’ose pas montrer mes cheveux, je ne veux pas choquer ». Avec d’autres clientes, je lui ai fait remarquer qu’elle avait de beaux cheveux et qu’elle devrait au contraire les montrer. Elle ne nous a pas écoutées. Personne n’a insisté, après tout chacun fait ce qu’il veut avec ses cheveux.

Il n’empêche que ce qu’elle a dit raisonne encore dans mes oreilles plusieurs mois après cette scène : « J’en ai tellement marre de porter un truc faux sur ma tête mais je n’ose pas montrer mes cheveux, je ne veux pas choquer ».

Choquer qui ? Qu’y-a-t-il de si choquant dans le fait de porter ses cheveux naturels ? Le monde entier le fait, pourquoi les noirs sont les seuls au monde à se confronter à un cas de conscience quand il s’agit de montrer leurs vrais cheveux ? C’est comme si camoufler ses cheveux crépus était un devoir, un acte de politesse, de bienséance, de politiquement correct. Il n’y a que chez les africaines et afro-descendantes que l’on entend : « je ne peux pas sortir, je ne suis pas coiffée ! » ; ce qui sous-entend : « je n’ai pas un tissage, une perruque ou des tresses sur la tête ».

Il ne s’agit pas ici de critiquer la liberté de chacun de se coiffer comme il l’entend, mais de mettre en évidence un phénomène qui n’a rien à voir avec un effet de mode mais qui s’explique encore une fois par l’Histoire douloureuse des africains.

En plus de la peau noire, le cheveu crépu est une caractéristique typique des africains subsahariens. Avant le début de la traite négrière occidentale au XVème, les populations africaines rivalisaient d’ingéniosité pour coiffeur leurs cheveux notamment par l’art du tressage dont on retrouve les traces depuis l’Antiquité[26].

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Le commerce triangulaire, l’esclavage et la colonisation[27] qui ont été soutenues et justifiées par une idéologie raciste bien rodée ont complètement changé la donne. Pour assurer la pérennité de ce système, les noirs n’ont pas seulement été privés de leur liberté, ils ont aussi été opprimés, déshumanisés, et réduits à l’état d’objets. Ils ont été déracinés de leurs terres, privés de leur Histoire, de leurs coutumes et de leurs savoirs ancestraux, notamment l’art de se coiffer. D’ailleurs, l’une des premières choses que l’on infligeait aux esclaves qui arrivaient en Amérique ou Europe, c’était de leur couper les cheveux.

Déportés loin de chez eux, soumis à de rudes travaux, les esclaves n’avaient plus de temps pour s’occuper d’eux. Loin de chez elles, les femmes n’avaient plus accès aux plantes à partir desquelles elles fabriquaient des huiles et des baumes naturels, ni aux peignes en bois spécifiquement conçus pour leur texture de cheveux. Au fil du temps, ce savoir-faire s’est perdu. Les mauvaises conditions de vie favorisaient des maladies telles que la teigne, mais aussi l’invasion de poux. Ajoutez à cela les moqueries des blancs, les insultes qui ciblaient leur noirceur et ces cheveux crépus qui s’emmêlaient et formaient des nœuds disgracieux …

La sociologue Juliette Sméralda l’explique très bien dans son livre Peau noire, cheveu crépu. L’histoire d’une aliénation : « Les esclaves allaient finir par méconnaître la valeur inestimable de leurs cheveux. En effet, une fois privés de leur peigne et du temps nécessaire à son entretien et à sa mise en valeur, (par des élégantes coiffures dont ils étaient coutumiers en Afrique), ils vont commencer à développer du ressentiment envers ce cheveu. Son déclin résulta du refus des planteurs d’accorder à leurs esclaves du temps à consacrer à leur hygiène corporelle. Conscients des réactions négatives observées chez les Blancs et de leurs remarques humiliantes, les esclaves vont se mettre à déprécier et leurs cheveux et le système de valeurs qui se rattachait à leur héritage ancestral.

Plus tard, lorsqu’ils consentiront à répondre à la demande d’hygiène corporelle formulée par leurs esclaves, c’est à l’imposition d’une nouvelle culture esthétique participeront les esclavagistes, en suppléant le manque d’accessoires africains par des accessoires de la culture occidentale. Peignes et brosses usées seront des accessoires qu’ils cèderont aux esclaves.

Dès lors, le peigne européen sera regardé par ces derniers comme l’accessoire à l’aune duquel se décernera le label de bon ou de mauvais cheveu : si le cheveu se coiffait facilement au moyen du peigne offert par le maître, alors il s’agissait d’un bon cheveu. Si au contraire l’opération était rendue trop difficile par les dents trop serrées de ce peigne, alors il s’agissait d’un mauvais cheveu. Lorsque les dents du peigne se cassaient, le diagnostic de mauvais cheveu se voyait renforcé. Ces détails triviaux finirent par occuper une place décisive dans la nouvelle culture esthétique des esclaves.

Il y eut cependant des femmes esclaves qui employèrent le temps d’hygiène corporelle accordé à entretenir la pratique qui consistait à s’oindre les cheveux de graisses animales, afin de les assouplir, puis au moyen de fourchettes de table, à les démêler avant de les tresser. Après cette opération elles s’enserraient la tête dans une sorte de bonnet très ajusté (réalisé à partir d’un vieux bas) puis se la couvrait d’un « mouchoir ».

Une dimension importante de l’histoire du cheveu crépus en Amérique est, de fait, celle d’un cheveu couvert, caché en permanence pour le soustraire aux considérations méprisantes. Aussi le « mouchoir » de tête finit-il par devenir un symbole de l’esclavage et du lien d’asservissement qui existait entre le maître et l’esclave ; un attribut inséparable de la femme noire ».

Les viols commis par les maîtres blancs sur leurs esclaves noires ont donné naissance à une génération d’enfants mulâtres avec des peaux claires et des cheveux hybrides que les esclavagistes toléraient mieux. Remarquant que les peaux claires bénéficiaient de certains privilèges, on a vu apparaître parmi les esclaves, notamment aux Etats-Unis, deux phénomènes :

D’une part, les unions entre noirs de teinte claire et mulâtres, ou entre mulâtres, dans le but d’éclaircir leur descendance afin de conserver des privilèges et de s’assurer une ascension sociale (voir le livre de l’historien Pap N’Diaye : La condition noire- Essai sur une minorité française).

D’autre part, le défrisage des cheveux qui a commencé à se développer massivement aux États-Unis au début du XXème siècle. Pour lisser leurs cheveux, plusieurs techniques étaient utilisées :

- Le fer à boucler inventé en 1890 par Adam Frisby

- Le peigne à lisser mis au point en 1906 par Simon Monroe

- Les premières pinces céramiques conçues par Isaac K. Shero en 1909

- Le défrisage chimique qui fut amélioré et commercialisé pour la première fois par Garret A. Morgan en 1909.

A ce propos, on dit que des maîtres punissaient leurs esclaves en leur plongeant la tête dans un sceau de soude. C’est à cette occasion que les noirs auraient constaté que la soude défrisait leurs cheveux. Suite à cela, des esclaves ont fabriqué des défrisants artisanaux en mélangeant de la soude à des œufs et des pommes de terre.

Quoiqu’il en soit, le défrisage des cheveux a été pour les noirs américains un moyen de se soustraire aux quolibets des blancs dans une Amérique ségrégationniste et raciste. C’était pour eux un acte indispensable pour s’intégrer, trouver du travail etc.

Malgré une parenthèse dans les années 60 durant lesquelles des activistes noirs ont porté fièrement leurs cheveux en afro, globalement les africains et afro-descendants lissent leurs cheveux, portent des perruques et des tissages qui dissimulent leurs cheveux crépus. Il faut dire qu’aujourd’hui encore, les remarques désobligeantes des occidentaux continuent à fuser :

- Oh on dirait les Jackson 5 !

- On dirait un mouton !

- Tu as mis tes doigts dans la prise ?

- Tu t’es coiffée avec un pétard ?

- Je peux toucher ?

- Ce sont tes vrais cheveux ?

- Oh la zoulette !

Voilà un état des lieux des remarques les moins crues. Mais à certains on a dit que leurs cheveux ressemblaient à des poils pubiens ou encore des dessous de bras, pour ne citer que cela. Tout le monde y a droit, même la porte-parole actuelle du gouvernement Sibeth Ndiaye[28].

Les cheveux crépus sont les seuls cheveux au monde à être insultés et discriminés. C’est cette triste réalité qui a poussé dernièrement l’état de Californie à voter une loi pour contrer ce problème en milieu professionnel[29]. Mais le plus triste, c’est quand les noirs s’auto-discriminent eux-mêmes sur leurs propres terres. Ainsi, en 2016, à Pretoria (Afrique du Sud), une jeune fille a été menacée d’expulsion de son lycée pour avoir refusé de lisser ses cheveux crépus[30]. Plus récemment en Guadeloupe, un lycée privé a affiché une liste de photos montrant les coupes de cheveux interdites dans l’établissement : ce n’étaient pratiquement que des coiffures typiques pour cheveux afros[31]…

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ll y a encore tant à dire sur ce sujet ô combien sensible. Il est vrai que les noires qui s’éclaircissent la peau, qui se lissent les cheveux et/ou qui portent des perruques et des tissages imitant les cheveux caucasiens ne désirent pas forcément ressembler à une blanche trait pour trait. Il n’en demeure pas moins vrai que ces pratiques se sont développées dans un contexte où les noirs ont intériorisé un complexe d’infériorité qu’ils ont transmis à leurs enfants de génération en génération.

Combien de fois, n’ai-je pas entendu des noirs propager des stéréotypes négatifs sur leurs propres cheveux, tels que « Ah nos cheveux ne poussent pas… », « Nos cheveux sont durs… » etc. ? Combien de jeunes femmes noires se sont vues reprocher par des hommes noirs d’être sorties « sans être coiffées » (c’est-à-dire avec leurs cheveux naturels) ?

Ces réflexions déplacées et désobligeantes j’en ai moi-même eu droit de la part des blancs mais aussi de la part de noirs qui trouvaient dommage que moi, métisse, je ne sois pas née avec des cheveux bouclés mais crépus. Et oui, je ne rentre pas tout à fait dans la case que l’on a préparée pour les gens comme moi…

Une chose est certaine, les blancs ne cesseront pas de se moquer des cheveux crépus tant que les noirs leur donneront des raisons de le faire. En effet, les blancs voient que les noires portent des faux cheveux qui ressemblent aux leurs et ils perçoivent le malaise… Et beaucoup l’exploitent. Inutile d’essayer de trouver des arguments fallacieux tels que « les blanches portent aussi des extensions ». C’est vrai, sauf que leurs extensions ressemblent à leurs cheveux naturels. Tant que les cheveux crépus seront massivement cachés, ils seront perçus par les occidentaux comme une curiosité. Il est donc nécessaire de les afficher de plus en plus dans leur état naturel pour qu’ils rentrent dans la normalité. Les cheveux crépus ont le droit d’exister au même titre que les autres.

Assumer sa peau noire et ses cheveux crépus est un devoir de mémoire envers tous ceux et toutes celles qui ont subi les horreurs de l’esclavage et de la colonisation. Assumer, c’est aussi réaliser qu’on n’est pas une erreur ou une anomalie, mais le fruit de la volonté de Dieu et le résultat de son génie. Oui, Jésus a voulu qu’il y ait sur terre une diversité de couleurs, de formes, de textures, aussi bien dans le règne animal que végétal, ainsi que chez les êtres humains.

Personnellement, j’ai décidé de cesser de me défriser les cheveux pour deux raisons.

La première raison c’est que j’ai entendu une collègue de travail d’origine maghrébine discuter avec une cliente également maghrébine : « Les noirs n’ont pas de cheveux, leurs cheveux ne poussent pas » disaient-elles sans se soucier de ma présence évidente dans les lieux.

Je n’ai rien dit, j’ai décidé de leur prouver le contraire en cessant de me défriser et en laissant pousser mes cheveux. Et vous savez quoi ? Ils poussent ! Chose que je savais déjà. C’est vrai qu’ils nécessitent des soins particuliers pour retenir la longueur, mais une fois la bonne routine trouvée, c’est très facile à mettre en œuvre.

La deuxième raison, qui est à mes yeux la plus importante, c’est que j’aspire profondément à ne plus me préoccuper du tout du regard des autres. Si les gens m’aiment tant mieux. S’ils ne m’aiment pas, tant pis. Je n’ai besoin de personne pour valider ma façon de me coiffer. Si le Seigneur ne me réprouve pas, l’avis des autres importe peu. Qui sont-ils ces moqueurs ? De quoi leur suis-je redevable pour me conformer à leurs attentes ?

Je continuerai à me tresser les cheveux car je trouve que le tressage est un bel art et parce que c’est une coiffure cohérente avec la nature de mes cheveux et qui me plait. Pour le moment, je sors avec mes cheveux naturels et cela se passe très bien. Après l’effet de surprise, même les blancs s’y sont fait très vite. D’ailleurs, plusieurs trouvent que ce nouveau look me va bien. Et oui, peu importe notre nature de cheveux, quand ils sont en bonne santé et qu’on en prend soin, c’est beau à voir chez n’importe qui. Vais-je retourner un jour au défrisage ? Je l’ignore. Pourquoi pas ? Peut-être, si l’envie me prend de changer de tête. Mais si je le fais, ce sera sans traitement chimique. Vais-je porter un jour des perruques, des extensions ou des tissages ? Je ne le pense pas, car comme je l’ai dit, je n’aime pas ça. En tout cas je ne porterai pas les cheveux que les femmes indiennes ont sacrifié à Visnou ou Krishna, ni les cheveux d’un mort. Quelle abomination ! Le but n’est pas d’interdire certaines coiffures et d’en promouvoir d’autres supposément « saintes » mais de s’affranchir d’une aliénation qui peut nous empêcher de servir Dieu correctement. Or l’aliénation se manifeste quand on a honte et quand on a peur du regard des autres.

CONCLUSION

En parcourant les Écritures, je me suis aperçue que les complexes ne sont pas l’émanation d’un esprit humble mais une œuvre de la chair et du monde (Galates 5 :21-21). En effet, nous complexons parce que nous nous comparons et parce que nous nous envions les uns les autres.

« Pensez-vous que l’Ecriture parle en vain ? L’Esprit qui a établi sa demeure en vous a-t-il des désirs qui poussent à l’envie ? » Jacques 4 :5.

« Ne cherchons pas une vaine gloire en nous provoquant les uns les autres et en nous portant envie les uns aux autres » Galates 5 :26.

« L’amour est patient, il use de bonté, l’amour n’est pas envieux, l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil » 1 Corinthiens 13 :4.

Le sentiment d’infériorité que ressentent certains est la conséquence du péché d’arrogance et de suffisance que d’autres affichent en rabaissant les autres.

Il est écrit « […] car personne n'a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et en prend particulièrement soin » (Éphésiens 5 :29). Ainsi, devant Dieu la normalité n’est pas d’haïr sa chair mais d’en prendre soin pour la conserver en bon état c’est-à-dire en bonne santé. Il me semble d’ailleurs que la beauté commence déjà par là.

Tout le monde idéalise les yeux verts, or des des yeux verts atteints de strabisme ou d’une forte cataracte perdent immédiatement de leur charme. Des beaux yeux (peu importe leur couleur) sont nécessairement en bonne santé et ils sont sublimés par la délicatesse du regard.

La beauté d’une chevelure ne devrait pas être évaluée en fonction de sa couleur et de sa texture lisse, ondulée, bouclée ou crépue, mais à la densité de son implantation sur le crane et à la vitalité de son aspect. Les chauves et ceux qui souffrent de pelade ou d’alopécie confirmeront sans doute.

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De même, la beauté n’a rien à voir avec les mensurations, ni le poids. L’objectif que tout le monde devrait se fixer c’est d’avoir une alimentation saine, équilibrée, sans excès (Galates 5 :21). On ne doit être ni anorexique, ni boulimique, en sachant que quelques kilos en plus ou en moins par rapport à la norme n’est pas la fin du monde.

Enfin, la couleur de peau devrait être perçue comme un détail. Voilà pourquoi la Bible ne s’attarde pas sur ce sujet. La Sulamithe a dit : « Je suis noire et je suis belle. » Ce n’est sans doute pas un hasard si les auteurs de la Bible, inspirés par l’Esprit de Dieu, ont retranscrit ces propos. Puissent-ils réconforter ceux et celles qui en ont besoin.

La beauté est à la fois rare et variée, elle peut s’incarner au travers d’une infinité de traits. Un nez n’est pas nécessairement beau parce qu’il est petit et fin mais parce qu’il forme un ensemble harmonieux avec le reste du visage. Il y a des gros et des grands nez qui sont magnifiquement portés.

La Bible déclare que « tout ce qui nous est donné d’excellent et tout don parfait viennent d’en haut et descendent du Père des lumières, en qui il n’y a ni changement ni ombre de variation » (Jacques 1 :17).

Par définition, un don c’est quelque chose que nous recevons gratuitement sans avoir eu besoin de faire des efforts pour l’obtenir. Nous avons tous reçu des choses excellentes de la part du Seigneur dès la naissance. C’est le cas pour n’importe quel talent : écriture, peinture, chant, sagesse etc., et aussi la beauté. Avec cependant une nuance importante : la beauté ne dure qu’un temps, il est impossible de la retenir indéfiniment. Même si aujourd’hui vous êtes le plus beau ou la plus belle, sachez que celui ou celle qui va vous détrôner est déjà né. Il est donc particulièrement déplacé de se glorifier de ce que nous avons reçu sans efforts, tout comme il est particulièrement déplacé de nous glorifier d’une beauté artificielle obtenue par divers artifices.

« Car qui est-ce qui met de la différence entre toi et un autre ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l'avais pas reçu. » 1 Corinthiens 4 :7.

Au lieu d’accorder une importance démesurée et vaine à l’embellissement de notre apparence extérieure, redoublons d’efforts pour embellir notre intérieur qui lui peut s’améliorer de jour en jour par la crainte de Dieu. Ainsi, à la résurrection d’entre les morts, le corps devenu incorruptible (donc sans défaut) sera automatiquement embelli par les œuvres justes faites en Christ (Matthieu 23 :26 ; 1 Corinthiens 15 :42 ; Apocalypse 19 :8). Alors, l’éclat de ceux qui ont brillé sur terre sera terni, tandis que celui de ceux qu’on a méprisés, mais qui se sont sanctifiés, sera révélé au grand jour.

« Mais Dieu lui donne un corps, comme il veut, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. Toute chair n’est pas de la même chair, mais autre en effet est la chair des humains, autre la chair des bêtes, autre celle des poissons, autre celle des oiseaux. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres. Autre est l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, autre l’éclat des étoiles. Même une étoile diffère d’une autre étoile en éclat. Il en sera de même à la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible, il ressuscitera incorruptible. Il est semé dans le déshonneur, il ressuscite dans la gloire. Il est semé dans la faiblesse, il ressuscite dans la force. Il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel… » 1 Corinthiens 15 :38-44.

Et que personne ne vous trompe, s’il est vrai que les beaux sont les plus convoités, ils ne sont pas nécessairement le plus aimés ni les plus heureux. Comme nous autres, ils sont confrontés aux divers drames de la vie : maladies, accidents, deuils, séparations, abandons, trahisons etc…

Le sujet que nous venons de traiter peut paraître superficiel mais il ne faut pas se fier aux apparences. Ce que Satan veut c’est que nous nous détournions de Jésus pour nous attacher à des esprits séducteurs et aux idoles qui ont rempli ce monde. Or le culte de l’apparence nous pousse à faire exactement le contraire de ce Dieu nous demande pour notre propre salut : « Pharisien aveugle ! Nettoie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat, afin que l'extérieur aussi devienne pur » (Matthieu 23 :26). Qui est dans ce cas l’idole que nous adorons ? Et bien nous-mêmes !

« Mais sache aussi ceci, que dans les derniers jours il surviendra des temps difficiles. Car les gens seront amoureux d’eux-mêmes… » 2 Timothée 3 :1-2.

Ne tombons donc pas dans le piège de Satan mais demandons à Dieu de nous délivrer de tout forme d’aliénation. Si nous cherchons à nous conformer aux normes du siècle présent par peur du regard des autres, nous serons de nouveau réduits en esclavage. C’est pourquoi il est écrit : « Vous avez été achetés à un grand prix, ne devenez pas esclaves des humains. » (1 Corinthiens 7 :23).

Si nous n’assumons pas le corps que Dieu nous a donné et que nous devenons obsédés par l’opinion des autres à notre sujet, comment ferons-nous pour assumer notre identité en Christ ? Comment suivre le vent de l’Esprit et marcher à contre-courant si nous sommes victimes de la mode ?

Bonne question…

Adèle.

LA REPRODUCTION DE L'ARTICLE EST AUTORISÉE UNIQUEMENT AVEC MENTION DE LA SOURCE ET SANS EN DÉNATURER LE MESSAGE (comme pour tous les autres articles d'ailleurs) .

Références :

[1] http://www.slate.fr/story/128933/discriminations-apparence-physique

[2] http://l-ocre-bleu.fr/peinturethmes/de-linfluence-des-grecs-le-canon/

[3] https://www.aufeminin.com/news-societe/photographie-la-preuve-stupefiante-que-notre-visage-n-est-pas-symetrique-s305903.html#d183718-p9

[4] https://www.aufeminin.com/news-societe/mauritanie-les-fillettes-gavees-pour-faire-de-bonnes-epouses-s1910835.html

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Xerx%C3%A8s_Ier

[6] https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2012/02/10/les-nouveaux-codes-de-la-beaute_1640940_4497319.html

[7] https://fr.fashionnetwork.com/news/L-Europe-reste-le-premier-marche-mondial-de-la-cosmetique,995453.html

[8] https://www.planetoscope.com/Le-corps-humain/1227-nombre-d-interventions-de-chirurgie-esthetique-dans-le-monde.html

[9] https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=dysmorphophobie_pm

[10] https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2015/02/21/l-eternelle-retouche-des-photos-du-corps-feminin_4581067_3236.html

[11] https://www.ladepeche.fr/article/2017/02/08/2513511-mannequins-denoncent-pression-industrie-perdre-poids.html

[12] https://www.huffingtonpost.fr/entry/lappel-au-secours-dune-mannequin-si-je-me-suicide-ce-sera-a-cause-de-vous_fr_5ccb2420e4b0e4d7572f7e8a

[13] http://www.slate.fr/story/173256/parents-enfants-rapport-corps-regime-apparence-grossophobie-obesite-anorexie-tca

[14] http://www.slate.fr/lien/54863/si-barbie-vivante-mauvaise-sante

[15] https://www.lci.fr/bien-etre/video-instagram-ces-ados-qui-se-font-operer-pour-ressembler-aux-filtres-snapchat-chirurgie-esthetique-dysmorphobie-2094915.html

[16] https://www.youtube.com/watch?v=hYTIh2cXfvM

[17] https://www.youtube.com/watch?v=iENh15i0sdI

[18] http://www.culturepub.fr/snowz-la-pub-thailandaise-raciste-qui-fait-scandale/

[19] http://www.reussirenchine.com/2017/10/les-standards-de-beaute-en-chine.html

[20] https://www.youtube.com/watch?v=YDY5j51iyoE

[21] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/02/28/a-abidjan-une-femme-sur-deux-s-eclaircit-la-peau_5429322_3212.html

[22] https://www.europe1.fr/societe/se-blanchir-la-peau-une-pratique-repandue-mais-dangereuse-3553184

[23] https://www.jeuneafrique.com/467496/societe/sante-publique-comment-les-etats-africains-menent-la-guerre-contre-les-cremes-eclaircissantes/

[24] http://100-pour-cent-antilles.com/chabine-mulatresse-et-creole-lorigine-insultante-de-ces-mots

[25] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/04/26/le-colorisme-et-les-cremes-eclaircissantes-legs-invisibles-de-la-colonisation_5291161_3212.html

[26] https://www.youtube.com/watch?v=QUVMnC6nEwk

[27] https://www.jeuneafrique.com/433230/societe/chronologie-dates-cles-de-lhistoire-de-lesclavage-france/

[28] https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/sibeth-ndiaye-cette-remarque-sur-ses-cheveux-a-lelysee-quelle-ne-supporte-plus-2078016

[29] https://www.lemonde.fr/international/article/2019/07/04/la-californie-interdit-la-discrimination-capillaire_5485118_3210.html

[30] https://www.liberation.fr/planete/2016/08/30/en-afrique-du-sud-les-lyceennes-noires-petitionnent-pour-porter-leurs-cheveux-au-naturel_1475510

[31] https://www.francetvinfo.fr/societe/un-lycee-prive-en-guadeloupe-interdit-les-coupes-de-cheveux-afro_3534295.html

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