Le président ougandais Yoweri Museveni a signé lundi 24 février une loi durcissant la répression de l’homosexualité. Une arme culturelle et politique avec laquelle il défie l'Occident.
C’est devant un parterre de journalistes internationaux que le président ougandais, Yoweri Museveni, a signé un texte de loi criminalisant l’homosexualité et renforçant les peines à l’encontre des homosexuels. Votée le 20 décembre 2013 par le Parlement, la promulgation de la loi avait été suspendue par le président en attendant qu’une étude détermine si l’homosexualité était d’origine génétique. Yoweri Museveni considérant l’homosexualité comme une maladie, il avait jugé « mal » de punir des gens malades. Les scientifiques auxquels il a confiée l’étude n’ayant pas isolé de « gêne de l’homosexualité », Yoweri Musevini a considéré comme légitime que soit promulguée cette loi.
Qualifié par le code pénal ougandais comme une « connaissance charnelle d’une autre personne contre l’ordre de la nature », l’homosexualité était déjà interdite dans le pays. Cette loi renforce donc les peines en prévoyant jusqu’à la prison à vie pour les personnes ayant des rapports homosexuels avec des partenaires mineurs ou se sachant porteur du virus du Sida. Elle interdit de plus la « promotion » de l’homosexualité et rend obligatoire la dénonciation des homosexuels. Le projet a toutefois été amendé de la partie qui prévoyait la peine de mort en cas de récidive.
Profondément marquée par le christianisme, la foi ougandaise est essentiellement tournée vers un évangélisme protestant « à l’américaine », très prosélyte et ouvertement homophobe. Par ailleurs, devenu un acteur politique de premier ordre sur les questions sociales, les églises évangélistes prennent de l'ampleur dans la vie politique. Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, n'a jamais caché sa foi et considère désormais l'homosexualité comme une question éducative. Il a récemment fait adopter une loi « antipornographie » qui interdit que soient montrées toutes les parties « érogènes » du corps et incite régulièrement les femmes à porter des tenues décentes.
Depuis ses débuts en 2009, ce projet de loi fait l’objet de vives critiques au sein de la communauté internationale. Le président américain Barack Obama avait à l'époque jugé « odieux » le projet et de nombreuses ONG, Human Rights Watch en tête, l’ont dénoncé. Le président américain a redonné de la voix ce lundi en affirmant que la promulgation de cette loi risque de compliquer les relations entre les Etats-Unis et l’Ouganda. Susan Rice, sa conseillère pour la sécurité intérieure, parle d'un "triste jour" pour l'Ouganda sur son compte Twitter.
