Les Dokimos



Combien de suprémacistes y a-t-il en France et en Europe ?

Le jeune Néo-Zélandais Brenton Tarrant, responsable de la tuerie de Christchurch, nourrissait une grande fascination pour la théorie française du « grand remplacement ». Interrogeons-nous sur ces extrémismes dont nous ne mesurons pas la toxicité, prévient

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Au chapitre « Politique, genre & race » de son remarquable essai Bad Feminist (Denoël, 2018), Roxane Gay consacre plusieurs pages à la manière dont nous appréhendons l’extrémisme. À propos du terroriste norvégien Anders Breivik, elle écrit : « L’homme qui a commis ces crimes a les cheveux blonds et les yeux bleus. Trop de gens s’attendaient à ce que le coupable ait la peau noire et un Coran sous le bras, parce que nous avons besoin de croire qu’il n’y a qu’une seule sorte d’extrémisme. Tel est le monde dans lequel nous vivons. » Elle souligne également que nombre de journaux américains ont présenté Djokhar Tsarnaev, responsable de l’attentat du Marathon de Boston en 2013, comme un adolescent « normal ».

Au cours de la dernière campagne présidentielle en France, une organisation d’extrême droite prévoyait, pour contrer « l’islamisation » du pays, de réduire en cendres des mosquées, d’abattre les populations qui se rendent au marché aux Puces de Marseille ou d’exécuter certains dirigeants politiques de premier plan. En avril 2018, des identitaires organisaient des patrouilles à la frontière franco-italienne, espérant faire obstacle aux exilés. Reclus dans le château de Plieux, l’écrivain Renaud Camus, théoricien moribond du « grand remplacement » condamné par la justice pour provocation à la haine et à la violence, se félicitait sur Twitter d’une telle « résistance ». Dans la nuit du 23 au 24 juin, dix individus prêts à mener des attaques terroristes contre des musulmans ont été arrêtés dans notre pays.

En 2011, Anders Breivik cause la mort de 77 personnes à Oslo et Utøya en Norvège. En 2017, Alexandre Bissonnette assassine six musulmans dans la grande mosquée de Québec. En 2018, le militant de la Ligue du Nord Luca Traini est incarcéré pour avoir tiré sur des migrants dans les rues de Macerata en Italie. En 2015, le suprémaciste Dylann Roof entraîne la mort de neuf personnes dans la fusillade de l’église de Charleston (Caroline du Sud). En octobre 2018, l’Américain Robert Bowers abat onze juifs dans la synagogue de Pittsburgh. Il y a quelques jours, Brenton Tarrant a décimé une cinquantaine de musulmans dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Il y a des fanatiques que nous avons tort de ne pas soupçonner, des extrémistes que nous faisons mine de considérer comme inoffensifs, des discours dont nous ne mesurons pas suffisamment le degré de toxicité.

Dans Bad Feminist, Roxane Gay rappelle à juste titre que « notre façon de voir le danger repose en grande partie sur le profilage racial » , qu’elle définit comme « une illusion née de la croyance que nous pouvons établir un profil du danger » . Elle observe à raison que « nous avons certaines notions d’ordre culturel sur qui a l’air dangereux et qui n’en a pas l’air » , et nous invite à «cesser de projeter nos peurs sur des profils construits à partir de stéréotypes». Si les attentats djihadistes qui endeuillent notre pays depuis 2015 entraînent méfiance et peur à l’égard des musulmans les plus ostensiblement rigoristes, nous oublions trop facilement que le danger est protéiforme, comme en attestent les récentes saisies de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dans l’Hexagone.

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Lien : http://www.lemondedesreligions.fr/une/combien-de-supremacistes-y-a-t-il-en-france-et-en-europe-20-03-2019-7989_115.php

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