En février 2026, la Banque d’Italie a mis en garde contre la circulation de faux articles, images et vidéos utilisant l’image de son gouverneur, Fabio Panetta, pour promouvoir de prétendus placements financiers. L’institution a précisé que ces contenus étaient fabriqués et, dans de nombreux cas, produits à l’aide de techniques de deepfake, saisissant au passage la justice.
Quelques jours plus tard, au Maroc, le ministère de l’Intérieur a démenti une prétendue note, diffusée sur les réseaux sociaux et certains sites, qui évoquait un soi-disant phénomène d’enlèvements d’enfants dans les écoles. L’information était fausse, mais elle a suffisamment circulé pour nécessiter une prise de parole officielle.
Ces deux épisodes n’ont pas de lien direct. Mais ils révèlent une évolution commune : le faux ne vise plus seulement à être cru. Il vise à produire un effet immédiat là où la confiance est la plus forte — la finance, l’autorité publique, l’école, la sécurité des familles.
Pendant longtemps, une image, une vidéo ou une voix pouvaient servir de preuve spontanée. Aujourd’hui, un visage peut être imité, une voix clonée, une scène entièrement reconstruite. Le problème n’est donc plus seulement la circulation de contenus faux. Le problème est que le vrai lui-même devient plus difficile à établir. Cela rejoint le diagnostic porté par l’UNESCO, qui évoque une crise de la connaissance face aux deepfakes et aux usages trompeurs de l’IA générative.
Le sujet n’a plus rien de périphérique. Dans son Global Risks Report 2026, le Forum économique mondial classe la mésinformation et la désinformation au deuxième rang des risques à deux ans. Le rapport souligne aussi que les effets négatifs de l’IA figurent parmi les risques qui progressent le plus fortement à l’horizon de dix ans. Nous ne sommes donc plus face à un simple dérèglement des réseaux sociaux, mais à un risque stratégique pour les sociétés, les institutions et les économies.
L’exemple italien montre comment le faux peut attaquer la confiance économique. Lorsqu’une banque centrale doit prévenir que des vidéos truquées utilisent l’image de son gouverneur pour vendre de faux placements, ce n’est pas seulement une escroquerie de plus. C’est aussi une mise à l’épreuve de la crédibilité institutionnelle.
L’exemple marocain montre autre chose : le faux peut aussi toucher la sécurité émotionnelle d’une société. Une rumeur liée aux enfants et à l’école circule plus vite parce qu’elle touche à la peur, à la proximité, à la famille. Elle n’a pas besoin d’être vraie pour produire des effets réels. Elle précède souvent la vérification et place les institutions dans une position défensive. Là encore, il s’agit d’une lecture analytique, mais elle est directement éclairée par la nature de la fausse note démentie par le ministère de l’Intérieur.
C’est là que commence le véritable choc de l’information. Le faux ne concurrence plus seulement le vrai. Il le devance, l’épuise, l’oblige à se justifier. Les institutions passent davantage de temps à démentir, corriger, rassurer, rétablir. D’où les alertes internationales sur la désinformation et les deepfakes.
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